Bíblia SACC
Cânticos 1
FIN DU PREMIER VOLUME
Numérisation Yves PETRAKIAN Octobre 2008 – France
CANTIQUE DES CANTIQUES DE SALOMON
ARGUMENT. – Ce Cantique est appelé par les Hébreux Sir-Hasirim c’est-à-dire Cantique des cantiques, comme le plus excellent de tous En effet, les Juifs le considéroient si fort au-dessus de la portée commune des hommes, qu’ils prétendoient que sa lecture ne pouvoit convenir, ou qu’à ceux qui étoient parvenus à un âge avancé ou qu’à ceux que Dieu avoit prévenus d’une sagesse prématurée; c’est pour cette raison qu’ils ne la permettaient ordinairement qu’à ceux qui avoient atteint au moins l’âge de trente ans. Les Pères de l’Eglise ont observé aussi très-longtemps de ne pas mettre ce Cantique indifféremment entre les mains de tous les fidèles; ils attendoient qu’ils eussent acquis par l’âge, par l’habitude de la vertu, et par l’assiduité à la prière l’esprit d’onction et de piété nécessaire pour pouvoir en pénétrer l’esprit, sans courir le risque de se blesser à l’écorce. Plusieurs raisons également solides les obligeoient à prendre ces précautions: les expressions vives sous lesquelles la lettre de ce livre peint l’amitié et l’union conjugale ne convenoient pas indifféremment à la jeunesse; le sens spirituel renfermé sous cette écorce étoit hors de la portée de ceux qui avoient l’âme toute charnelle et le coeur absolument corrompu; la liaison continuelle et nécessaire que les nouveaux chretiens avoient avec les païens et les idolâtres, dans ces premiers temps, ne leur permettoit pas d’exposer indifféremment ce Cantique en toutes sortes de mains Ces différentes considérations les obligèrent dans la suite, pour prévenir l’abus que plusieurs des fidèles pouvoient faire de la lecture de ce Cantique, de composer des commentaires propres à leur en donner la véritable intelligence et à leur en découvrir le sens spirituel; et c’est dans ces commentaires qu’ils conviennent tous que, sous la peinture de l’union étroite de Salomon et de la Sulamite ou Salomite son épouse, fille de Pharaon, le Saint-Esprit avoit donné une idée sensible de la parfaite union de Jésus-Christ avec son Eglise, et de l’amour sincère qu’il a eu, qu’il a, et qu’il aura dans toute l’éternité pour elle; idée que ces saints avoient puisée dans l’apôtre saint Paul, lequel, parlant du mariage et de l’union sainte de l’époux avec l’épouse, avoit dit avant eux que c’est un grand sacrement, puisqu’il est la figure de l’union spirituelle de Jésus-Christ avec son Église.
C’est donc dans cet esprit qu’on se doit préparer à la lecture de ce livre. Ceux qui voudront pénétrer plus avant dans le sens spirituel de ce Cantique peuvent lire les Commentaires d’Origène, de saint Grégoire de Nice, de Théodoret, de saint Grégoire le Grand, de saint Bernard.
On ne peut pas douter que ce livre ne soit l’ouvrage de Salomon, puisqu’il y est nommé, qu’il parle lui-même en son nom, et que, dans le corps de l’ouvrage, il parait que c’est une espèce de dialogue entre lui et son épouse, fille de Pharaon, où ils expriment mutuellement le désir qu’ils avoient de se revoir, et l’affliction qu’ils avoient d’être éloignés l’un de l’autre. Pour l’intelligence de la lettre, sur laquelle on doit établir ensuite le sens spirituel de ce Cantique, il faut supposer que Salomon étoit occupé alors à bâtir le temple et son palais dans Jérusalem et qu’il avoit laissé son épouse pendant une partie considérable de temps en la Cité de David, liv. III des Rois, chap. III, v. 1, et chap. IX, v. 24, et que c’est cette absence qui a donné l’occasion à ce dialogue ou à ces espèces de lettres, dans lesquelles, sous divers personnages et divers caractères, l’épouse témoigne son désir de revoir Salomon, enfin libre des occupations qui le retenoient à la ville, chap V, v. 6 et 7, et l’éloignoient de la campagne, dont elle lui vante les agréments pour l’obliger à y revenir.
Toutes les personnes qui entrent dans ce dialogue tout poétique, peuvent se réduire à quatre : l’épouse, les filles de l’épouse, l’époux, les bergers ou compagnons de l’ époux. Tantôt l’époux et l’épouse y sont représentés comme un roi et une reine, tantôt comme berger et bergère, ou comme occupés à la vigne ou à la culture des jardins.
CHAPITRE I
L’ÉPOUSE
1 Qu'il me donne un baiser de sa bouche ; car vos mamelles sont meilleures que le vin,
2 Et elles ont l'odeur des parfums les plus précieux. Votre nom est comme une huile qu'on a répandue ; c'est pourquoi les jeunes filles vous aiment.
3 Entraînez-moi après vous ; nous courrons à l'odeur de vos parfums. Le roi m'a fait entrer dans ses appartements secrets; c'est là que nous nous réjouirons en vous, et que nous serons ravis de joie, en nous souvenant que vos mamelles sont meilleures que le vin. Ceux qui ont le coeur droit vous aiment.
4 Je suis noire, mais je suis belle, ô filles de Jérusalem, comme les tentes de Cédar, comme les pavillons de Salomon.
5 Ne considérez pas que je suis devenue brune; car c'est le soleil qui m'a ôté ma couleur. Les enfants de ma mère se sont élevés contre moi ; ils m'ont mise dans les vigiles pour les garder, et je n'ai pas gardé ma propre vigne.
6 O vous qui êtes le bien-aimé de mon âme, apprenez-moi où vous menez paître votre troupeau, où vous vous reposez à midi, de peur que je ne m'égare en suivant les troupeaux de vos compagnons.
L’ÉPOUX
7 Si vous ne le savez pas, ô vous qui êtes la plus belle d'entre les femmes, sortez, suivez les traces des trou peaux, et menez paître vos chevreaux près des tentes des pasteurs.
8 O vous qui êtes mon amie, je vous compare à la beauté de mes chevaux attachés aux chars de Pharaon.
9 Vos joues ont la beauté de la tourterelle; et votre cou est comme de riches colliers.
10 Nous vous ferons des chaînes d'or, marquetées d'argent.
L’ÉPOUSE
11 Pendant que le roi se reposoit, le nard dont j'étois parfumée a répandu sa bonne odeur.
12 Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe; il demeurera entre mes mamelles.
13 Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de raisin de Chypre dans les vignes d'Engaddi.
L’ÉPOUX
14 O que vous êtes belle, ma bien-aimée ! ô que vous êtes belle ! Vos yeux sont comme les yeux des colombes,
L’ÉPOUSE
15 Que vous êtes beau, mon bien-aimé ! que vous avez de grâces et de charmes ! Notre lit est couvert de fleurs ;
16 Les solives de nos maisons sont de cèdre, nos lambris sont de cyprès.
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